Toukie, chienne Beagle entière âgée de 19 semaines, est référée en consultation pour vomissements, diarrhée avec hématochézie, ictère, dysorexie et abattement évoluant depuis son adoption, quelques jours auparavant. Elle est en cours de primo-vaccination.
Depuis son adoption, Toukie présente des troubles digestifs, qui se sont compliqués depuis 2 jours d’un ictère, d’une dysorexie et d’un abattement.
L’enjeu est d’objectiver rapidement l’hypothèse de leptospirose pour guider la prise en charge dès les premières phases de la maladie.
L’examen clinique confirme l’abattement et l’ictère et met également en évidence une déshydratation ainsi qu’une uvéite bilatérale.
L’analyse urinaire révèle une isosthénurie et une glucosurie. La biochimie sanguine montre une normo-glycémie, mais une augmentation marquée des PAl et des AlAT, ainsi qu’une azotémie modérée. L’hémogramme met en évidence une anémie modérée, une leucocytose neutrophilique modérée et une thrombopénie marquée. L’ensemble des anomalies cliniques et biologiques étant compatible avec une leptospirose, un test rapide de détection des IgM anti-Leptospira sur sérum est réalisé mais se révèle négatif. |
Des PCR réalisées séparément sur sang et sur urines sont positives pour Leptospira spp. La sérologie par test de micro-agglutination (MAT) se révèle ensuite également positive, avec un titre de 1/1600 pour L. interrogans sérovar Icterohaemorrhagiae.
Toukie est alors hospitalisée et reçoit un traitement associant une perfusion intraveineuse, une réalimentation entérale par sonde nasogastrique, des antiémétiques et une antibiothérapie. Celle-ci repose initialement sur l’administration d’ampicilline/sulbactam par voie intraveineuse, puis un relais per os par doxycycline est instauré après reprise de l’appétit.
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La
leptospirose est une maladie infectieuse causée par une bactérie zoonotique.
Les signes cliniques sont généralement peu spécifiques et peuvent inclure en
début d’évolution un syndrome fébrile (dysorexie, abattement et hyperthermie),
des troubles digestifs et/ou une polyuro-polydipsie. Les anomalies biologiques
associées sont nombreuses. Parmi les plus fréquemment figurent une glycosurie
(18 à 83 %), une leucocytose neutrophilique (27 à 94 %), une thrombopénie (14 à
73 %), une azotémie (55 à 100 %), ainsi qu’une augmentation des paramètres
hépatiques (19 à 94 %). Des troubles électrolytiques et des anomalies de
l’hémostase peuvent également être observés.
La
période d’incubation de la leptospirose est généralement comprise entre 2 et 14
jours. Ainsi, au cours des premières phases de l’infection, notamment durant
les 10 à 15 premiers jours, les anticorps peuvent être non détectables. Cette
cinétique immunitaire peut expliquer un résultat sérologique initial négatif,
comme observé chez Toukie. Dans ce contexte, la détection directe du génome
bactérien est recommandée. Cette méthode permet d’identifier la présence de Leptospira
spp dans le sang ou dans les urines précocement, généralement entre 7 et 14
jours après l’infection. Toutefois, afin d’optimiser la sensibilité de cette
technique, elle doit être réalisée avant toute administration d’antibiotiques.
La sérologie par MAT demeure la méthode de référence pour le diagnostic de la
leptospirose.
Références
1. Sykes et al. Updated ACVIM consensus statement on leptospirosis in dogs.
J Vet Intern Med
2023 ; 37 : 1966-1982.
Auteur : Dr Mario Cervone • Dipl. ECVIM-CA Spécialiste en Médecine Interne des Animaux de Compagnie • Clinique vétérinaire Sevetys Crozatier • Paris 12 • Directeur scientifique du groupe Sevetys • Auteur et co-auteur de nombreuses publications scientifiques, tant nationales qu’internationales.