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Asthme félin et signes respiratoires supérieurs : l’intérêt d’une investigation approfondie

Enjeux

Lewis, chat Sphynx mâle castré âgé de 9 ans et demi, est présenté en consultation pour le suivi d’un asthme diagnostiqué 2 ans auparavant par scanner, bronchoscopie et examen cytobactériologique du liquide de lavage broncho-alvéolaire (LBA), dans un contexte de toux chronique. Le traitement en cours associe de la fluticasone inhalée et de la prednisolone par voie orale.

Depuis plusieurs semaines, les propriétaires rapportent une aggravation progressive de la toux, associée à des épisodes de dyspnée. Des éternuements sont également décrits.

L’enjeu de ce cas réside ainsi dans l’identification d’un facteur aggravant associé, au-delà du diagnostic initial d’asthme, afin de mieux comprendre l’évolution clinique et d’orienter une prise en charge plus ciblée.

Constats cliniques et paracliniques

L’examen clinique met en évidence un surpoids, ainsi que des sifflements à l’auscultation thoracique. Un discret jetage séreux est également observé, avec une perméabilité nasale conservée.

L’aggravation des signes respiratoires compatibles avec l’asthme malgré le traitement, associée à l’apparition de signes respiratoires supérieurs, motive la réalisation d’un scanner de contrôle du thorax et des cavités nasales. Celui-ci met en évidence une accumulation de mucus dans la cavité nasale, ainsi que des lésions compatibles avec une maladie bronchique et bronchiolaire chronique, compliquée d’une atteinte interstitielle du lobe moyen droit. Une endoscopie respiratoire (rhinoscopie et trachéo-bronchoscopie) est ensuite réalisée et révèle des images compatibles avec une nasopharyngite, une rhinite et une bronchite diffuse. L’examen cytologique du LBA est en faveur d’un asthme félin, tandis que l’examen bactériologique est négatif.


Solution

La PCR réalisée sur le LBA pour Mycoplasma spp est positive. L’examen histologique de la muqueuse nasale met en évidence une hyperplasie, associée à une inflammation lympho-plasmocytaire chronique. L’ensemble de ces résultats est compatible avec un asthme félin possiblement compliqué par une infection à Mycoplasma spp, associée à une rhinite inflammatoire. Cette dernière pourrait être secondaire à l’infection à Mycoplasma spp, à une remontée de sécrétions provenant de l’arbre bronchique ou encore à un reflux gastro-œsophagien favorisé par les pressions intrathoraciques négatives générées lors des épisodes de dyspnée.

Atouts

  • Diagnostic moléculaire ciblé sur liquide de LBA
  • Identification de Mycoplasma spp dans un contexte clinique complexe
  • Orientation thérapeutique raisonnée par antibiothérapie adaptée
  • Amélioration clinique des signes respiratoires hauts et bas



Discussion

L’asthme est une affection respiratoire chronique relativement fréquente chez le chat. Il constitue une forme de bronchopathie chronique, au sein d’un ensemble de maladies bronchiques et/ou bronchiolaires pouvant entraîner une toux chronique. Cette diversité étiologique rend le diagnostic différentiel de la toux chronique chez le chat particulièrement large et parfois complexe. Pour cette raison, le diagnostic de certitude repose idéalement sur la réalisation d’un examen histologique et bactériologique de biopsies broncho-pulmonaires ou, à défaut, sur un examen cytobactériologique du LBA, bien que cette dernière méthode présente certaines limites (Reinero et al, 2019). Dans ce contexte, le rôle de Mycoplasma spp demeure controversé. En effet, Mycoplasma spp (et en particulier M. felis) fait partie de la flore commensale des cavités nasales du chat. Toutefois, certaines études ont suggéré un rôle primaire potentiel dans le développement de signes respiratoires hauts (Lee-Fowler, 2014). De manière similaire, l’implication de ce pathogène dans l’apparition de signes clinique du bas appareil respiratoire reste débattu. Une étude récente a rapporté, chez les chats positifs pour M. felis, une prévalence plus élevée de lésions alvéolaires aux radiographies thoraciques ainsi qu’une neutrophilie plus marquée à l’examen cytologique du LBA par rapport aux chats négatifs (Robin et al, 2024). Néanmoins, l’établissement d’un lien de causalité direct n’a pas pu être démontré. Dans le cas de Lewis, l’instauration d’un traitement par doxycycline a permis la résolution des signes respiratoires supérieurs, la disparition des épisodes de dyspnée et une nette amélioration de la toux. 


Références

  1. Reinero et al. Perspectives in veterinary medicine: Description and classification of bronchiolar disorders in cats. J Vet Intern Med 2019 ; 33 : 1201-1221.
  2. Robin T et al. Clinical and prognostic relevance of Mycoplasma felis PCR detection in feline lower respiratory tract disease. J Fel Med Surg 2024 ; DOI: 10.1177/1098612X241297870.
  3. Lee-Fowler T. FELINE RESPIRATORY DISEASE. What is the role of Mycoplasma species? J Fel Med Surg 2014 ; 16 : 563-571.




Auteur : Dr Mario Cervone • Dipl. ECVIM-CA Spécialiste en Médecine Interne des Animaux de Compagnie • Clinique vétérinaire Sevetys Crozatier • Paris 12 • Directeur scientifique du groupe Sevetys • Auteur et co-auteur de nombreuses publications scientifiques, tant nationales qu’internationales.


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