Un chat européen mâle castré, âgé d’un an, est référé pour dysorexie, abattement, vomissements et hyperthermie évoluant depuis 15 jours. Il est correctement médicalisé, n’a pas d’accès à l’extérieur et son statut FeLV/FIV est négatif.
Depuis 15 jours, il présente une dysorexie, un abattement, des vomissements et une hyperthermie persistante, n’ayant pas répondu à un traitement symptomatique. Le vétérinaire traitant avait également noté une hyperglobulinémie et une hyperbilirubinémie modérée, alors que l’hémogramme était normal.
L’enjeu est donc de conforter rapidement une suspicion clinique forte de PIF mais non spécifique, par des éléments diagnostiques concordants afin d’orienter la décision thérapeutique.
À l’admission, l’examen clinique met en évidence un amaigrissement, un ictère, un signe du flot positif (compatible avec une ascite), ainsi qu’une hyperthermie confirmée (T° à 40°C).
L’association d’un syndrome fébrile (abattement, dysorexie, hyperthermie), d’un ictère, d’une ascite et d’une hyperglobulinémie chez un jeune chat conduit à suspecter en première intention une coronavirose systémique (PIF). Cependant, plusieurs affections peuvent présenter un tableau clinique et biologique similaire, notamment une cholangite neutrophilique, une péritonite septique, un lymphome ou encore une toxoplasmose. Une démarche diagnostique rigoureuse est donc indispensable.
Le POCUS abdominal confirme la présence d’un épanchement abdominal et permet la réalisation d’une abdominocentèse. L’analyse physico-chimique et cytologique du liquide d’épanchement révèle un transsudat modifié riche en protéines (cellularité à 1,1 G/L ; protéines totales à 50 g/L), à prédominance pyo-granulomateuse. L’association d’une faible cellularité (compatible avec un transsudat) et d’une concentration protéique élevée (habituellement observée lors d’exsudat) est fortement évocatrice d’une PIF. |
Un test Enalees pour le coronavirus félin est réalisé sur l’épanchement abdominal et se révèle positif. Par ailleurs, l’électrophorèse des protéines sériques met en évidence un pic polyclonal en gammaglobulines associé à une augmentation des alpha-2-globulines, profil compatible avec une inflammation chronique et en faveur d’une PIF.
L’ensemble des éléments cliniques, cytologiques, sanguins et moléculaires étant concordants, un traitement par GS-441524 est instauré à la dose de 20 mg/kg PO une fois par jour pendant 12 semaines. L’évolution est favorable, avec disparition progressive des signes cliniques et normalisation des paramètres biologiques.
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La PIF est une maladie virale touchant
préférentiellement les jeunes chats de moins de 2 ans et les chats âgés de plus
de 10 ans (Thayer et al, 2022). Sa présentation clinique et biologique peut
être relativement caractéristique, en particulier dans la forme dite « humide »
(effusive) (Thayer et al, 2022). Néanmoins, aucun test pris isolément ne permet
d’établir ou d’exclure formellement le diagnostic (Thayer et al, 2022). La
détection du génome viral doit être interprétée avec prudence. En cas de PCR, la
sensibilité varie selon le type d’échantillon (environ 9 à 77% sur sang
périphérique, contre 72 à 100% sur épanchement) (Thayer et al, 2022). De plus,
la mise en évidence du génome viral n’est pas synonyme de maladie, le
coronavirus félin étant largement répandu dans la population féline (Thayer et
al, 2022). Dans certains cas, des examens plus invasifs sont nécessaires ;
l’immunohistochimie sur biopsie tissulaire, mettant en évidence l’antigène
viral au sein des macrophages dans des lésions pyogranulomateuses typiques,
constitue actuellement le gold standard diagnostique (Tasker, 2018). Depuis
2016, le pronostic s’est nettement amélioré, avec environ 80% de réponses
cliniques rapportées en cas de traitement avec le GS-441524 (Gokalsing et al,
2025). La posologie dépend de la forme clinique (des doses plus élevées sont
requises en cas d’atteinte verveuse et/ou oculaire, ou en cas de récidive) et
la durée de traitement varie généralement de 6 à 12 semaines (Zuzzi-Krebitz et
al, 2024).
Référence
Auteur : Dr Mario Cervone • Dipl. ECVIM-CA Spécialiste en Médecine Interne des Animaux de Compagnie • Clinique vétérinaire Sevetys Crozatier • Paris 12 • Directeur scientifique du groupe Sevetys • Auteur et co-auteur de nombreuses publications scientifiques, tant nationales qu’internationales.